mardi 4 octobre 2016

Le culte de famille (Jean-Marc Berthoud)

Introduction

Partout nous devons constater le déclin des Eglises. Nous pouvons remarquer quatre aspects de cette situation : d’abord un déclin doctrinal; puis le déclin d’une vraie spiritualité; il s’ensuit des divisions; et finalement on constate la perte de la jeunesse. Quelles seraient les causes d’une telle dégradation de nos Eglises? Ces causes sont nombreuses mais nous voulons ici relever une raison importante, souvent oubliée, de ce déclin : la négligence et la disparition du culte de famille.

Que nous dit la Bible à ce sujet ?

“Si quelqu’un n’a pas soin des siens, surtout de ceux de sa famille il a renié la foi et est pire qu’un infidèle.” (I Timothée 1 :8)
Sur bien des sujets, la Bible nous parle explicitement. Sur d’autres, il nous faut tirer des leçons précises à partir d’indications fragmentaires que l’on trouve dans différentes parties de la Bible. C’est le cas de notre sujet. Le texte de la première lettre de Paul à Timothée que nous venons de citer semble nous parler uniquement des soins matériels que nous devons accorder à nos parents âgés. Mais pour un chrétien, l’expression prendre soin des siens n’implique-t-elle rien d’autre que de fournir à ses proches, et ici tout particulièrement à ses parents, la nourriture, le logement et le vêtement ? Le chrétien ne doit-il pas prendre soin des siens sur le plan spirituel aussi ? Le livre des Actes nous dit que Corneille, l’officier romain, tout en étant un païen était un homme pieux.. Mais sa piété en tant que chef de famille responsable n’était pas une piété individualiste; elle ne le concernait pas lui seul mais toute la maisonnée placée sous son autorité. Lorsque Pierre arriva chez lui, c’était toute la communauté familiale qui attendait le message de Dieu. Peut-on imaginer qu’une telle piété familiale ait cessé avec la réception du Saint-Esprit et avec le baptême de toute sa famille ? (Actes 10)
Il n’est guère possible de légitimer bibliquement la doctrine du baptême des petits enfants, à partir du fait de conversions multiples comme celles qui eurent lieu dans la maison de Corneille ainsi qu’à d’autres occasions. Nous pensons cependant que nous pouvons tirer des conclusions précises pour notre sujet sur ce qui y est dit de la piété familiale pratiquée dans de telles communautés. C’est cette piété domestique communautaire que nous appelons le culte de famille . Le livre des Actes des Apôtres contient de nombreuses indications précises nous montrant que la vie de l’église à cette époque était étroitement liée à la piété communautaire des familles chrétiennes qui en faisaient partie.
Regardons d’un peu plus près ce que la Bible nous dit au sujet de l’exercice de cette piété. Comme pour d’autres questions pratiques, c’est l’Ancien Testament qui nous fournit l’enseignement de base. Cet enseignement est repris et est appliqué de manière plus précise et plus approfondie par le Nouveau Testament à la vie de tous les chrétiens. Cet enseignement biblique sur le culte de famille réapparait dans l’Eglise de Dieu chaque fois que le Saint-Esprit remet en honneur la lecture et la prédication de la Parole de Dieu. (1) En étudiant ces textes, nous y verrons de manière précise, ce que Paul voulait dire aux chrétiens de la Nouvelle Alliance quand il écrivait dans sa lettre aux Ephésiens :
“Et vous pères, n’irritez pas vos enfants, mais élevez-les en les instruisant et en les avertissant selon le Seigneur.” (Ephésiens 6 :4)

Exemples tirés de l’Ancien Testament

Que faisait le patriarche Noé? Lors de la sortie de l’arche après la délivrance du déluge Noé rendit à Dieu un culte familial : “Noé bâtit un autel à l’Eternel ; il prit de toutes les bêtes pures et de tous les animaux purs et il offrit des holocaustes sur l’autel.“ (Genèse 8 :20) Le patriarche Job se comportait de la même façon. Lui aussi rendait un culte à Dieu pour sa famille. Voici ce que nous lisons à son sujet :“Cet homme était intègre et droit ; il craignait Dieu et s’écartait du mal.” (Job 1 :1) Ses fils et ses filles organisaient des banquets les uns chez les autres. Alors,“Job envoyait chercher ses fils et les sanctifiait, puis il se levait de bon matin et offrait pour chacun d’eux un holocauste, car Job disait : Peut-être mes fils ont-ils péché et ont-ils maudit Dieu dans leur coeur. C’est ainsi que Job agissait toujours.” (Job 1 :5)
Nous avons déjà là un modèle de piété familiale chrétienne.
Prenons le cas d’un Abraham. Lors de la visite des trois envoyés aux chênes de Mamré, peu de temps avant la destruction de Sodome et Gomorrhe. L’Eternel présent parmi ses visiteurs dit à Abraham :
“Cacherais-je à Abraham ce que je vais faire? Abraham deviendra certainement une nation grande et puissante, et en lui seront bénies toutes les nations de la terre. Car je l’ai choisi afin qu’il ordonne à ses fils et à sa famille après lui de garder la voie de l’Eternel, en prodiguant la justice et le droit ; ainsi l’Eternel accomplira pour Abraham ce qu’il avait dit à son sujet.” (Genèse 18 :17-19)
Nous, comme Eglise, sommes le véritable Israël de Dieu. Car, étant habités par la même foi que celle qui animait Abraham nous sommes ses fils véritables (Romains 2 :28-29; Galates 3 :7). Ne devrions-nous pas également ordonner à nos fils et à leurs familles qui nous suivront de garder la voie de Dieu en pratiquant la justice et le droit? Jacob fit de même lors de sa rencontre avec l’Eternel à Bethel, rencontre où son nom fut changé de Jacob en Israël. Car il célébra là un culte familial exigeant préalablement la purification des siens :
“Jacob dit à sa famille et à tous ceux qui étaient avec lui : Otez les dieux étrangers qui sont au milieu de vous, purifiez-vous et changez de vêtements. Nous nous lèverons et monterons à Béthel ; là je dresserai un autel au Dieu qui m’a répondu au jour de ma détresse et qui a été avec moi pendant le voyage que j’ai fait.” (Genèse 35 :1-3)
Nous voyons à nouveau ici comment le père de famille exerçait ses fonctions de prêtre et de prophète.
Ces fonctions ne se limitent pas à la seule période des patriarches où le culte public, plus tard célébré dans le tabernacle ou le temple, n’était pas encore institué. Le sacrifice de la Pâque fut célébré séparément par chaque famille israëlite lors de la sortie d’Egypte. Cet exemple montre clairement que la famille juive formait alors une cellule religieuse autonome. Certes l’institution du culte et des sacrifices ainsi que le développement de la fonction prophétique et, plus tard, celui de la royauté davidique, limitèrent la portée de ces fonctions religieuses du père de famille. Mais la famille juive n’en demeura pas moins l’endroit par excellence où l’Israëlite pieux adorait Dieu et apprenait à le connaître.
Nous prendrons un dernier exemple dans l’Ancien Testament avec Josué. Ces paroles qu’il adressa à la fin de sa vie aux familles d’Israël s’appliquent également aux familles chrétiennes de tous les temps :
“Maintenant, craignez l’Eternel et servez-le avec intégrité et fidélité. Otez les dieux qu’ont servis vos pères, de l’autre côté du fleuve et en Egypte, et servez l’Eternel. Et si vous ne pensez pas devoir servir l’Eternel, choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir : ou les dieux que servaient vos pères au-delà du fleuve, ou les dieux des Amoréens dans le pays desquels vous habitez. Moi et ma maison, nous servirons l’Eternel.” (Josué 24 : 14-15)
Comment puis-je “moi et ma maison servir l’Eternel“ sans pratiquer un culte de famille, sans consacrer quotidiennement en famille un moment pour adorer Dieu, le louer, lire et méditer sa Parole en commun, intercéder auprès de lui ? Le psalmiste nous pose la question : “Comment le jeune homme rendra-t-il pur son sentier ? “ et il répond,“En observant ta Parole .” (Psaume 119 : 9) Mais comment ce jeune homme (cette jeune fille) pourra-t-il observer la Parole de Dieu s’il ne reçoit pas chaque jour de son père, de sa mère, dans sa famille, régulièrement, jour après jour, l’instruction de cette Parole? Ceci nous amène à examiner les prescriptions de la Loi divine relatives à cette question.

Les enseignements de Loi de Dieu

Nous allons maintenant examiner les enseignements de la Loi de Dieu se rapportant à l’instruction que les parents doivent donner à leur enfants au sujet des choses de Dieu. La Thora — et l’enseignement de la loi ne diffère aucunement de celui du Nouveau Testament — ne nous parle pas d’écoles du dimanche , de groupes de jeunes , de classes de catéchumènes ou d’écoles chrétiennes comme instruments établis par Dieu pour l’instruction de la jeunesse. Ce n’est pas que de telles institutions pédagogiques ne puissent avoir leur place, et parfois une place capitale, dans l’éducation chrétienne des jeunes. Je pense ici en particulier à la nécessité urgente de fonder aujourd’hui des écoles vraiment chrétiennes. Mais l’accent de la Parole porte ailleurs. Il place ici la responsabilité carrément sur les épaules de la famille. Nous pouvons ajouter que sans cette instruction familiale biblique des enfants par leurs parents, ces instruments ecclésiastiques ou scolaires que nous venons de nommer ne pourront que très difficilement aboutir à la formation spirituelle et intellectuelle véritable de nos jeunes de manière à ce que plus tard ils puissent, à leur tour, devenir ces piliers sans lesquels de nouvelles familles bibliques ne sauraient subsister.
Dans le livre du Deutéronome que nous pourrions appeler (avec les Proverbes) le livre des familles, nous lisons :
“Quelle est, en effet, la grande nation qui ait des dieux aussi proche d’elle que l’Eternel notre Dieu l’est de nous toutes les fois que nous l’invoquons ? Et quelle est la grande nation qui ait des préceptes et des ordonnances justes, comme toute cette loi que je vous présente aujourd’hui? Seulement, prends garde à toi et veille attentivement sur ton âme, tous les jours de ta vie, de peur que tu n’oublies les événements que tes yeux ont vus, et qu’ils ne s’éloignent de ton coeur ; fais-les connaître à tes fils et aux fils de tes fils.” (Deutéronome 4 :7-9)
Il n’est pas question ici de ce que les sacrificateurs ou les docteurs de la loi instruisent la jeunesse d’Israël. Mais chaque père de famille doit faire connaître les enseignements de Dieu à ses propres enfants afin que la génération nouvelle puisse elle aussi recevoir le dépôt de la foi et le garder.
Comment le père ou la mère israélite devaient-ils répondre aux interrogations de leurs enfants sur les cérémonies du culte, sur l’histoire d’Israël et sur les lois du peuple de Dieu ? Nous lisons encore dans le Deutéronome :
“Lorsque demain ton fils te demandera : Que signifient ces déclarations, ces prescriptions et ces ordonnances que l’Eternel notre Dieu vous a commandées? Tu diras à ton fils : Nous étions esclaves du Pharaon en Egypte, et l’Eternel nous a fait sortir de l’Egypte à main forte. L’Eternel a opéré, sous nos yeux, des signes et des prodiges, grands et désastreux, contre l’Egypte, contre Pharaon et contre toute sa maison; et il nous a fait sortir de là, pour nous amener dans le pays qu’il avait juré à nos pères de nous donner. L’Eternel nous a commandé de mettre en pratique toutes ces prescriptions et de craindre l’Eternel, notre Dieu, afin que nous soyons toujours heureux et qu’il nous conserve la vie, comme il le fait aujourd’hui. Pour nous la justice sera d’observer et de mettre en pratique tous ses commandements devant l’Eternel, notre Dieu, comme il nous l’a commandé.” (Deutéronome 6 :20-25)
Nous voyons à nouveau que le rapport éducatif fondamental est celui du père au fils, de la mère à sa fille; et que le lieu privilégié de cette communication de la Vérité divine est la famille et, avant tout, le culte rendu en famille à Dieu.
“Ecoute Israël ! L’Eternel notre Dieu, l’Eternel est un. Tu aimeras l’Eternel de tout ton coeur, de toute ton âme et de toute ta force. Et ces paroles que je te donne aujourd’hui seront dans ton coeur. Tu les inculqueras à tes fils et tu en parleras quand tu seras dans ta maison, quand tu iras en voyage, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras. Tu les lieras comme un signe sur ta main, et elles seront comme des fronteaux entre tes yeux. Tu les écriras sur tes portes.” (Deutéronome 6 :4-9. Voyez aussi Deutéronome 11 : 18-21).

Les Proverbes, commentaire de la Loi de Dieu

Dans les sept premiers chapitres du livre des Proverbes nous trouvons un commandement répété bien des fois qui engage les pères à instruire leurs propres enfants dans les voies de Dieu. Ces textes énumèrent toutes les bénédictions qui découleront d’un tel enseignement familial reçu avec docilité par les enfants.
“Mon fils si tu reçois mes paroles, et si tu retiens mes commandements (…) Alors tu comprendras la crainte de l’Eternel. Et tu trouveras la connaissance de Dieu (…) Alors tu comprendras la justice, l’équité, la droiture, toutes les routes qui mènent au bien.” (Proverbes 2 :1-9)
“Mon fils, n’oublie pas mon enseignement. Et que ton coeur garde mes commandements. Car ils augmenteront la durée de tes jours, les années de ta vie et de ta paix (…) Ne sois pas sage à tes propres yeux, crains l’Eternel, écarte-toi du mal, ce sera la santé pour ton corps et un rafraîchissement pour tes os” (Proverbes 3 :1-8)
“Mon fils, sois attentif à ma sagesse.Tends l’oreille à mon intelligence afin que tu gardes la réflexion, et que tes lèvres retiennent la connaissance.” (Proverbes 6 :20-23)
Et finalement cette si belle description des fruits d’une éducation parentale chrétienne :
“Ecoutez mes fils, l’instruction d’un père
Et soyez attentif, pour connaiîre l’intelligence;
Car je vous donne un bon savoir.
Ne rejetez pas mon enseignement.
J’étais, en effet, un fils pour mon père
Un fils tendre et unique auprès de ma mère.
Il m’enseignait alors et me disait :
Que ton coeur retienne mes paroles;
Garde mes commandements et tu vivras.(…)
Voici le commencement de la sagesse : acquiers la sagesse,
Avec tout ton acquis, acquiers l’intelligence.
Exalte-là : elle t’élèvera;
Elle fera ta gloire, si tu l’embrasses
Elle mettra sur ta tête un gracieux ruban,
Elle t’ornera d’un magnifique diadème.” (Proverbes 4 :1-9)
Toutes ces citations du livre des Proverbes amènent comme conclusion ces paroles :
“Oriente le jeune garçon sur la voie qu’il doit suivre
Même quand il sera vieux, il ne s’en écartera pas.” (Proverbes 22 :6)

Paul : sanctification des familles par l’enseignement de la vérité dans le foyer

Dans la première épître aux Corinthiens l’apôtre Paul en traitant du cas des mariages mixtes, païens-chrétiens, montre la puissance vivifiante et sanctifiante de cet enseignement familial de la Vérité. De tels chrétiens mariés à des inconvertis ne doivent pas s’en séparer car ils détiennent des moyens capables de gagner leur conjoint à la foi. Ce sont ces mêmes moyens, dit Paul, qui sanctifient les enfants de familles chrétiennes. Ne vous séparez pas, dit-il au conjoint chrétien :
“Car le mari non-croyant est sanctifié par la femme, et la femme non-croyante est sanctifiée par le frère, autrement …” ajoute-t-il de manière significative “… vos enfants seraient impurs tandis qu’en fait ils sont saints.” Si telle est lasituation des enfants élevés dans des familles mixtes cette sainteté sera encore plus évidente des enfants dont les deux parents partagent la même foi. Paul précise sa pensée en écrivant : “En effet, comment savoir, femme, si tu sauveras ton mari? Ou savoir mari, si tu sauveras ta femme?” (I Corinthiens 7 :12-16)
Mais comment s’opèrent, bibliquement, tant la sanctification que le salut? S’agirait-il d’une espèce de parfum spirituel qui agit magiquement par osmose, sans paroles, sans enseignement, sans prise de conscience, de repentance, de conversion ? Pour ce qui regarde le salut Paul répond de la manière la plus claire dans l’épître aux Romains : “Comment donc invoqueront-ils celui en qui ils n’ont pas cru ? Et comment croiront-ils en celui dont ils n’ont pas entendu parler? Et comment entendront-ils parler de lui sans prédicateurs?” (Romains 10 :14) Ainsi le mari chrétien annonçant la Parole à son épouse incroyante est un prédicateur de la Parole de Dieu. Il en est de même pour le père ou la mère à l’égard de leurs enfants non-régénérés. Car c’est la Parole de Dieu prêchée fidèlement et dont la prédication est accompagnée de l’action du Saint-Esprit qui seule régénère l’enfant. Là où le conjoint par souci de paix doit garder le silence sur les questions se rapportant à la foi, son obéissance silencieuse à la Parole de Dieu sera comme un enseignement visible et cette instruction par l’exemple conduira à des circonstances où il sera possible d’annoncer verbalement l’Evangile. Une telle situation où l’enseignement verbal n’est pas immédiatement possible ne peut se produire que là où un chrétien est marié à un non chrétien. Pour ce qui concerne une famille chrétienne normale, ce n’est évidemment pas aux enfants d’imposer silence à leurs parents. Jacques n’écrit-il pas :“Il nous a engendrés selon sa volonté, par la parole de la vérité.” (Jacques 1 :18) Et Paul ajoute,“Ainsi la foi vient de ce qu’on entend et ce qu’on entend vient de la parole du Christ.” (Romains 10 :17)
Il en est de même pour la sanctification dont la régénération n’est que le premier moment. Paul le dit également au sujet de la prière par laquelle nous remercions Dieu pour notre nourriture :“ Tout est sanctifié par la Parole de Dieu et la prière.” (I Timothée 4 :4) Ce texte, si on y ajoutait la louange des cantiques, pourrait être pris comme une excellente définition du culte de famille. Jésus-Christ lui-même, en Jean 17, prie pour ceux qui croiraient en lui par la prédication de la Parole de Dieu dans tous les âges de l’Eglise :
“Je ne te prie pas de les ôter du monde, mais de les garder du Malin. Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. Sanctifie-les par la Vérité; ta parole est la vérité.” (Jean 17 :15-17)
C’est cette Parole prêchée quotidiennement dans la famille qui a le pouvoir de régénérer le conjoint païen. C’est cette même parole fidèlement lue et expliquée chaque jour dans le culte de famille qui a le pouvoir, accompagnée de la prière fervente des parents, de sanctifier nos enfants. N’oublions pas qu’en Christ, le chrétien est prêtre, prophète et roi. Dans le culte de famille le père exerce les fonctions de prêtre et de prophète. Dans ce culte domestique il offre un sacrifice de louange à Dieu, intercède pour sa famille, lit et explique la Parole de Dieu à sa maisonnée. Comme chef de famille, il en est le roi, le magistrat.
Les difficultés qu’expérimentent bien des Eglises avec leurs jeunes proviennent tout d’abord de l’atrophie, du dépérissement, de la disparition de cette institution biblique du culte familial. Si les jeunes dans les Eglises évangéliques sont tellement réfractaires à la Parole de Dieu, s’ils sont si marqués par l’esprit du monde, cela ne viendrait-il pas en premier lieu de l’abandon par les chrétiens de nos Eglises de cette prédication quotidienne de la Parole de Dieu dans leurs foyers? Comment nos jeunes peuvent-ils être gardés du mal, protégés des influences néfastes du monde, fortifiés dans la foi et encouragés à faire le bien si nos foyers ne font pas chaque jour l’expérience de cette force vivifiante qui vient de la lecture fidèle, en commun, de la Parole de Dieu, des cantiques chantés ensemble, de la prière commune adressée à Dieu? Comment nos familles pourront-elles être sauvées et sanctifiées si nous écartons de leur sein les moyens de grâce que Dieu nous a donnés pour atteindre ces buts?

Conclusion

Ma conclusion traitera brièvement de quelques considérations pratiques relatives au culte de famille et formulera certaines observations sur les bienfaits que l’on peut attendre de son exercice régulier et fidèle :
Qui doit diriger le culte? La famille est autant une entité spirituelle qu’une institution sociale, économique et politique. Le chef de ce petit corps social est le père. Ainsi ce sera normalement la tâche du père de famille d’instruire sa famille dans les choses de Dieu. Il devra évidemment être assisté, comme en toutes choses, par son épouse.
Que doit-être le contenu de ce culte? Avec de tout petits enfants, on peut se contenter de prier et de chanter avec eux, bien que leur participation au culte de leurs parents ne pourra que leur faire du bien. Il ne faut pas penser, comme le font couramment ces adeptes de la pédagogie moderne (e.g. Piaget), qui sont bien malheureusement trop nombreux parmi les chrétiens, que les enfants en bas âge ressemblent intellectuellement à de petits animaux. Comme ceux-ci ils seraient incapables de raison et leur l’intelligence devrait évoluer pour atteindre celle de l’âge adulte. Selon cette psychologie évolutive les enfants au début de leur scolarité ne seraient pas encore parvenus au stade d’êtres humains pleinement rationnels. Mais une telle perspective est entièrement fausse. Dès sa venue à l’existence, l’enfant est créé à l’image de Dieu. Il est dès ses débuts doué de toutes les facultés humaines. Son intelligence peut être éveillée bien plus tôt que ne le pensent nos psychologues-épistémologues évolutionnistes.
Normalement ce culte de famille devrait, comme tout culte normal, comporter les éléments suivants :
(a) la lecture de la Bible et son explication;
(b) le chant de cantiques, de psaumes et de choeurs tirés de la Parole de Dieu;
(c) la prière de louange et d’intercession en commun.
La cène, le baptême et le sermon étant des actes proprement ecclésiastiques, doivent évidemment être réservés aux occasions où l’^Eglise toute entière se rassemble. Ajoutons ici quelques remarques supplémentaires :
  • Au fur et à mesure que grandissent les enfants, une place plus grande devrait être réservée pour leurs questions, pour leurs remarques. Le culte de famille doit être un endroit où les enfants peuvent exprimer leurs préoccupations, leurs interrogations, leurs difficultés sans pour autant que ce moment de recueillement en famille devienne un simple lieu de discussion et de bavardage. Il faut à tout prix maintenir dans le culte de famille les sentiments de crainte et de respect dûs à Dieu.
  • Tous devraient prier. Le culte de famille est l’endroit où les enfants apprennent à s’adresser librement et directement à Dieu. Les sujets de prière doivent être adaptés aux circonstances de la vie de la famille, de la vie de chacun, de l’Eglise et même de la nation.
  • La routine n’est guère à craindre si la piété des parents reste vivante.

Quand doit avoir lieu le culte de famille?

Anciennement, dans les familles issues de la Réforme du XVIème siècle, (et cela était souvent aussi le cas dans celles issues des Réveils du XIXème siècle), un bref recueillement en famille avait lieu le matin. Le soir, un culte plus substantiel était célébré pour toute la maisonnée. Ceci impliquait la participation de tous ceux qui vivaient sous le même toit, visites, serviteurs et apprentis inclus. C’est ce qui se passait aussi dans mon enfance dans notre famille missionnaire en Afrique du Sud. C’est aussi ce que l’on pouvait voir dans les familles de paysans Afrikaners d’origine calviniste.
Dans notre famille, nous n’avons qu’un seul culte de famille avec nos cinq enfants. Il a lieu ordinairement le soir, directement après le souper, car les enfants doivent ensuite se séparer pour vaquer à leurs affaires, faire leurs leçons, laver la vaisselle, jouer d’un instrument, etc… Il est toujours plus difficile de les rassembler une fois qu’ils se sont dispersés. Cette bonne routine doit être maintenue avec beaucoup de persévérance et de force. Il faut, comme pour toute discipline saine, constamment résister à notre tendance naturelle à la négligence. Le culte de famille doit ainsi devenir aussi habituel que les repas. Il n’est aucunement facultatif. Il est aussi important spirituellement qu’une famille se nourrisse en commun de la Parole de Dieu qu’il est essentiel que ses membres se nourrissent physiquement. La famille dans sa vie communautaire doit être centrée sur la Bible, sur la louange commune de Dieu et sur la prière adressée au Dieu trois fois saint et non sur la télévision ou le journal quotidien, etc. Pour que cette institution soit rétablie, se maintienne et se fortifie il faut que les parents (et en particulier le père) fassent preuve d’une autorité persévérante et patiente. Ils devront faire face à la résistance de leurs enfants tant qu’ils ne marchent pas personnellement avec Dieu. Mais - faut-il le dire? -dans une famille chrétienne l’orientation spirituelle et pratique ne vient pas des enfants mais des parents. Ce ne sont pas les désirs si variables des enfants qui doivent déterminer la direction donnée à la famille. Nous sommes les disciples de Jésus-Christ et non du Dr. Spock ou du Professeur Piaget ! La présence d’étrangers dans le foyer ne doit pas être une raison de supprimer ou de déplacer l’heure du culte de famille. Nos voisins, amis et parents ont eux aussi droit à être exposés à la Parole de Dieu lue et méditée en famille.
Le culte de famille tient une place intermédiaire indispensable entre le culte personnel du chrétien et le culte de l’Eglise.
Le culte de famille se trouve placé entre le culte personnel que le chrétien rend à Dieu dans l’intimité et le culte qu’il rend avec ses frères réunis en Eglise. Sans le premier, le culte de famille dégénérera en routine, car il a besoin d’être nourri d’une communion personnelle intime des parents (et des enfants) avec la divine Trinité. Mais sans le culte de l’Eglise, le culte de famille risque de dévier, car pour demeurer sain, il a constamment besoin de la nourriture spirituelle que Dieu fournit d’habitude seulement à l’Eglise rassemblée sous la direction de ceux qui sont seuls autorisés à lui donner l’enseignement public de la Parole de Dieu. Le culte de famille se place ainsi entre la communion intime du croyant avec Dieu et l’adoration communautaire des chrétiens rassemblés en Eglise. Là où le culte de famille est vigoureux et vivant, il devient une cellule de vie chrétienne vigoureuse et efficace et rend inutile ces églises de maisons, parfois mal nécessaire dû à la décomposition de l’Eglise institution, mais qui souvent font un immense tort à la vie de l’église locale et aux paroisses.
Quels bienfaits doit-on attendre de l’institution d’un culte de famille régulier ?
(a) Il s’agit tout d’abord d’une obéissance aux commandements de Dieu. Cette obéissance, comme toute obéissance à Dieu, entraînera de nombreuses bénédictions.
(b) La lecture familiale de la Bible, la prière en commun et le chant ne peuvent qu’avoir des effets bénéfiques sur les enfants. Les exposer ainsi régulièrement à la Parole divine est une manière excellente de leur annoncer l’Evangile et de faire progresser l’oeuvre de sanctification dans leur vie. Même s’ils ne deviennent pas dans leur enfance des chrétiens qui connaissent Dieu personnellement comme Père, ce qui aura été semé portera très souvent des fruits remarquables à long terme .
(c) Pour les parents, et en particulier pour le père, le fait d’assumer selon ses capacités une telle responsabilité spirituelle ne peut que contribuer à ses progrès dans la Foi et dans la connaissance de Dieu. Etre ainsi obligé d’affronter spirituellement ceux qui chaque jour nous voient vivre ne peut que nous rendre plus conscients de nos insuffisances comme pères et mères et nous obliger à recourir à la miséricorde de Dieu pour avoir la force de persévérer dans une telle responsabilité.
(d) Semer ainsi la Parole de Dieu lue d’une manière suivie tous les jours de l’année remplit la mémoire et l’intelligence des parents et des enfants de la Parole de Dieu. Une telle discipline doctrinale et spirituelle établit, tant chez les parents que chez les enfants, une armature spirituelle et intellectuelle capitale dans la bataille où nous sommes tous engagés contre la puissance d’égarement de l’esprit anti-chrétien qui règne dans le monde. Pour les enfants en particulier, il est très important qu’il existe dans la famille un tel moment de ressourcement quotidien, car cette discipline spirituelle familiale régulière les fortifiera dans leurs luttes contre les influences intellectuelles et morales mauvaises qu’ils doivent si souvent affronter à l’école. Là ils peuvent poser des questions à leurs parents et recevoir de leur part des réponses bibliques. Il est également incontestable que la discipline régulière de la lecture en commun de la Bible et la concentration intellectuelle et doctrinale qu’implique la prière en commun forment les capacités intellectuelles de ceux qui pratiquent un tel culte familial.
(e) Pour l’Eglise, le fait que le père de famille conduise lui-même ainsi le culte familial et dirige la vie spirituelle de sa famille est un immense bienfait. Une telle discipline familiale conduit à la formation de parents spirituellement adultes et responsables, aptes à assumer d’importantes tâches dans l’Eglise. C’est une pépinière d’anciens et de diacres. Par ailleurs, méditer de cette façon chaque jour la Bible en famille revient à s’exposer à toute la Parole de Dieu. Cela ne peut qu’avoir des effets doctrinaux bénéfiques sur ceux qui pratiquent une telle discipline. Une Eglise locale dont toutes les familles pratiquent ce culte domestique sera protégée de toutes sortes de difficultés spirituelles et doctrinales car la faiblesse de nos Eglises dans ces domaines provient avant tout d’une fréquentation insuffisante de la Bible. En plus, c’est une immense force pour une Eglise locale d’avoir de nombreuses cellules de prières familiales. Comme dit le dicton :“Une Eglise qui prie produit un pasteur qui prêche.” Une telle Eglise entendra alors la Parole de Dieu prêchée avec force.
(f) Un autre point important à considérer est qu’une famille qui prie et lit ainsi la Bible en commun et qui exerce en même temps une réelle hospitalité devient par cela même une force d’évangélisation remarquable. Comment pourrait-il en être autrement vu que, par cette manière d’agir, la lumière de Dieu n’est pas cachée sous le boisseau mais elle éclaire tous ceux qui peuvent entrer dans la maison? Si ces deux disciplines du culte familial quotidien et de l’hospitalité étaient restaurées et généralisées dans les foyers chrétiens nous n’aurions aucunement besoin d’avoir recours à toutes sortes de méthodes d’évangélisation aussi artificielles que nuisibles et inefficaces pour annoncer la Parole de Dieu dans nos localités et à notre voisinage.
(g) Finalement, un tel rassemblement quotidien autour de la Parole de Dieu est un merveilleux instrument de cohésion familiale. A une époque où tant de forces tendent à disperser les membres de la famille, il est capital pour la survie du foyer chrétien, de cette institution, la famille, si indispensable tant pour la société que pour l’Eglise, de restaurer le coeur spirituel de la vie familiale chrétienne dans son ancienne plénitude.
  • Là, tous sont rassemblés sous l’autorité de la Parole de Dieu.
  • Là, s’exerce le ministère spirituel du berger de la famille, le père, qui rassemble ses brebis autour de la Parole de vie.
  • Là tous peuvent prier Dieu et s’attendre à Sa réponse aux intercessions de chacun.
  • Là, peuvent être amenés à Dieu les peines. les difficultés, les péchés de la journée. Car les membres de la famille laissés à eux-mêmes subiraient inévitablement les effets diviseurs provenant du péché et des peines quotidiennes.
  • Là, chacun peut en commun se ressourcer et se décharger de cette lassitude morale et spirituelle qui peuvent devenir source de mort pour les familles même les plus vivantes.
  • Là, surtout, la famille se réunit en la présence de Celui qui est la source de sa vie et de son unité, le Seigneur Jésus-Christ lui-même, pour lui exprimer en commun son amour, sa joie et son adoration.
Pour conclure, disons avec le psalmiste :
“Voici qu’il est bon, qu’il est agréable pour des frères d’habiter ensemble!
C’est comme l’huile la meilleure qui, répandue sur la tête, descend sur la barbe, sur la barbe d’Aaron, qui descend sur les bords de ses vêtements.
C’est comme la rosée de l’Hermon, qui descend sur les montagnes de Sion; car c’est là que l’Eternel donne la bénédiction, la vie pour l’éternité.”
Psaume 133 :1-3

La confession de foi des églises réformées de France dite confession de foi de la Rochelle (1559)

Confession de foi faite d’un commun accord par les Français qui désirent vivre selon la pureté de l’Evangile de notre Seigneur Jésus-Christ






Extraits (Articles 1-20), Confession de la Rochelle, Soyez toujours prêts, rédigée et commentée par Pierre Marcel, ed. Kerygma, Aix-en-Provence, 1988.

1. Nous croyons et confessons qu'il y a un seul Dieu (De 4:35,39; 1Co 8:4,6), qui est une seule et simple essence (Ge 1:3; Ex 3:14) spirituelle (Jn 4.24; 2Co 3:17), éternelle (Ro 1:20), invisible (1Ti 1:17), immuable (Mal 3:6; Nu 23:19), infinie, incompréhensible (Ro 11:33; Ac 7:48; Ac 17:23), ineffable, qui peut toutes choses (Jer 10:7,10; Lu 1:37), qui est toute sage (Ro 16:27), toute bonne (Mt 19:17), toute juste (Jer 12:1; Ps 119:137) et toute miséricordieuse (Ex 34:6-7).
2. C'est ce Dieu qui se fait connaître aux hommes, premièrement par ses oeuvres, aussi bien par la création que par leur conservation et la manière dont il les conduit (Ro 1:19-20). Deuxièmement et plus clairement encore, par sa Parole (Ro 15:4; Jn 5.39; Heb 1:1), qui, au commencement révélée par oracle (Ge 15:1; Ge 3:15; Ge 18:1), a ensuite été rédigée par écrit dans les livres que nous appelons : Ecriture Sainte. (Ex 24:3-4; Ro 1:2).
3. Toute cette Ecriture Sainte est comprise dans les livres canoniques de l'Ancien et du Nouveau Testaments dont voici le détail : Les cinq livres de Moïse : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome. Josué, Ruth, le premier et second livres de Samuel, premier et second livres des Rois, premier et second livres des Chroniques, le premier livre d'Esdras. Néhémie, le livre d'Esther, Job, Psaumes de David, Proverbes ou Sentences de Salomon, le livre de l'Ecclésiaste, le Cantique de Salomon. les livres d'Esaïe, Jérémie, Lamentations de Jérémie, Ezéchiel, Daniel, Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie. le saint Evangile, selon saint Matthieu, selon saint Marc, selon saint Luc, et selon saint Jean. Le second livre de saint Luc, autrement dit les Actes des Apôtres. les épîtres de saint Paul : une aux Romains, deux aux Corinthiens, une aux Galates, une aux Ephésiens, une aux Philippiens, une aux Colossiens, deux aux Thessaloniciens, deux à Timothée, une à Tite, une à Philémon, l'épître aux Hébreux, l'épître de saint Jacques, la première et seconde épîtres de saint Pierre, la première, deuxième et troisième épîtres de saint Jean, l'épître de saint Jude. l'Apocalypse ou Révélation de saint Jean.
4. Nous reconnaissons que ces livres sont canoniques et la règle très certaine de notre foi (Ps 12:7; Ps 19:8-9), non tant par le commun accord et consentement de l'Église, que par le témoignage et persuasion intérieure du Saint-Esprit qui nous les fait distinguer des autres livres ecclésiastiques sur lesquels, bien qu'ils soient utiles, on ne peut fonder aucun article de foi.
5. Nous croyons que la Parole qui est contenue dans ces livres a Dieu pour origine (2Ti 3:16-17; 1Pe 1.11-12; 2Pe 1:20-21), et qu'elle détient son autorité de Dieu seul et non des hommes. (Jn 3:26-31; Jn 5:33-34; 1Ti 1.15). Cette Parole est la règle de toute vérité et contient tout ce qui est nécessaire au service de Dieu et à notre salut (Jn 15:15; Jn 20:31; Ac 20:27) ; il n'est donc pas permis aux hommes, ni même aux anges, d'y rien ajouter, retrancher ou changer (De 4:2; 12:32; Ga 1:8; Pr 30:6; Re 22:18-19). Il en découle que ni l'ancienneté, ni les coutumes, ni le grand nombre, ni la sagesse humaine, ni les jugements, ni les arrêts, ni les lois, ni les décrets, ni les conciles, ni les visions, ni les miracles ne doivent être opposés à cette Ecriture Sainte (Mt 15:9; Ac 5:28-29), mais qu'au contraire toutes choses doivent être examinées, réglées et réformées d'après elle (1Co 11:2, 23). Dans cet esprit, nous reconnaissons les trois Symboles : des Apôtres, de Nicée et d'Athanase, parce qu'ils sont conformes à la Parole de Dieu.
6. Cette Écriture Sainte nous enseigne qu'en la seule et simple essence divine que nous avons confessée il y a trois personnes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit. (De 4:12; De 10:17; Mt 28:19; 1Jo 5:7). Le Père, cause première, principe et origine de toutes choses. Le Fils, sa parole et Sagesse éternelle. Le Saint-Esprit, sa force, sa puissance et son efficace. Le Fils est éternellement engendré du Père. Le Saint-Esprit procède éternellement du Père et du Fils. Les trois personnes ne sont pas confondues, mais distinctes ; elles ne sont pourtant pas séparées, mais elles possèdent une essence, une éternité, une puissance identiques, et sont égales en gloire et en majesté (Mt 28:19; Jn 1:1; Jn 17:5; Ac 17:25; Ro 1:7; 1Jn 5:7). Nous acceptons donc, sur ce point, les conclusions des conciles anciens, et repoussons toutes sectes et hérésies qui ont été rejetées par les saints docteurs comme saint Hilaire, saint Athanase, saint Ambroise, saint Cyrille.
7. Nous croyons que Dieu, en trois personnes coopérantes, par sa puissance, sa sagesse et incompréhensible bonté, a créé toutes choses, non seulement le ciel, la terre et tout ce qui s'y trouve, mais aussi les esprits invisibles (Ge 1:1; Ge 3:1; Jn 1:3; Col 1:16; Heb 1:2). De ceux-ci, les uns sont déchus et tombés dans la perdition (2Pe 2:4 Jude 1:6), les autres ont persévéré dans l'obéissance. ( Ps 103:20). Nous croyons que les premiers, ayant sombré dans la perversité, sont ennemis de tout bien, par conséquent de toute l'Église (Jn 8:44) ; et que les autres, ayant été préservés par la grâce de Dieu, sont des serviteurs chargés de glorifier son Nom et de servir au salut de ses élus. (Heb 1:7-14; Ps 34:8; Ps 91:11).
8. Nous croyons non seulement que Dieu a créé toutes choses, mais qu'il les gouverne et les conduit, disposant et réglant selon sa volonté tout ce qui arrive dans le monde, (Ps 104; Ps 119:89-96; Ps 147; Pr 16:4; Mt 10:29; Ac 2:23 Ac 4:28; Ac 17:24,26,28; Ro 9:11; Eph 1:11). Certes, nous ne croyons pas que Dieu soit auteur du mal ou que la culpabilité en puisse lui en être imputée (Ps 5:5; Ho 13:9; 1Jn 2:16; 1Jn 3:8), puisque sa volonté est la règle souveraine et infaillible de toute droiture et de toute justice vraie (Job 1:22). Mais Dieu dispose de moyens admirables pour se servir des démons et des méchants, de telle sorte qu'il sait convertir en bien le mal qu'ils font et dont ils sont coupables. (Ac 2:23-24; 4:27). Ainsi en confessant que rien ne se fait sans la providence de Dieu, nous adorons avec humilité les secrets qui nous sont cachés, sans nous poser des questions qui nous dépassent (Ro 9:19-20; Ro 11:33). Au contraire, nous appliquons à notre usage ce que l'Ecriture Sainte nous enseigne pour être en repos et sécurité ; car Dieu, à qui toutes choses sont soumises, veille sur nous d'un soin si paternel qu'il ne tombera pas un cheveu de notre tête sans sa volonté (Mt 10:30; Lu 21:18). Et cependant, il tient en bride les démons et tous nos ennemis, de sorte qu'ils ne peuvent nous faire le moindre mal sans sa permission (Ge 3:15; Job 1:12; Job 2:6; Mt 8:31; Jn 19:11).
9. Nous croyons que l'homme, qui a été créé pur, sans la moindre tache et conforme à l'image de Dieu (Ge 1:26; Ec 7:29; Eph 4:24), est par sa propre faute déchu de la grâce qu'il avait reçue (Ge 3:17; Ro 5:12; Eph 2:2-3). Il s'est ainsi séparé de Dieu qui est la source de justice et de tous biens, au point que sa nature est désormais entièrement corrompue (Ge 6:5; Ge 8:21). Nous croyons que l'homme, étant aveuglé dans son esprit et dépravé dans son coeur, a perdu toute intégrité sans en avoir aucun reste. Bien qu'il ait encore quelque discernement du bien et du mal (Ro 1:20-21; Ro 2:18-20), nous disons néanmoins que la lumière qui est en lui se change en ténèbres, quand il est question de chercher Dieu, de sorte qu'il n'en peut nullement approcher par son intelligence et sa raison (Ro 1:21; 1Co 2:14). Quoique l'homme ait une volonté, par laquelle il est incité à faire ceci ou cela, nous croyons toutefois qu'elle est totalement prisonnière du péché (Ro 6:16-17; Ro 8:6-7), en sorte qu'il n'a de liberté à bien faire que celle que Dieu lui donne. (Jer 10:23; Jn 1:12; Jn 3:6; Jn 8:36; Jn 15:5; Ro 7:18; 1Co 4:7 2Co 3:5; Php 2:13).
10. Nous croyons que toute la descendance d'Adam est infectée de cette souillure du péché originel, qui est un vice héréditaire (Ge 6:5; Ge 8:21; Job 14:4; Ps 51:7; Mt 15:19; Ro 5:12-18) et non pas seulement une imitation, comme les Pélagiens l'ont enseigné (nous rejetons leurs erreurs). Nous n'estimons pas qu'il soit nécessaire de rechercher comment le péché se transmet d'un homme à sa descendance, car il nous suffit de savoir que ce que Dieu avait donné à Adam n'était pas pour lui seul, mais pour toute sa descendance et qu'ainsi en la personne même d'Adam, nous avons été dépouillés de tous biens, et sommes tombés dans une pauvreté extrême et dans la malédiction.
11. Nous croyons aussi que ce vice (défaut) du péché originel est vraiment péché, au sens propre du mot : il suffit à condamner tout le genre humain, jusqu'aux petits enfants dès le ventre de leur mère, et que Dieu le considère comme tel (Ps 51:7; Ro 3:9-12,23; Ro 5:12; Eph 2:3). Nous croyons même qu'après le baptême, le péché originel est toujours péché quant à la culpabilité, bien que la condamnation en soit abolie dans les enfants de Dieu. Dieu ne la leur impute plus par sa bonté gratuite (Ro 7:1). Nous croyons aussi que ce péché est une perversion qui produit toujours des fruits de corruption et de révolte (Ro 7:5), tels que les hommes et les femmes les plus saints, quoiqu'ils y résistent, ne cessent pas d'être entachés de faiblesses et de fautes tant qu'ils habitent en ce monde (Ro 7:14-19; 2Co 12:7).
12. De cette corruption et de cette condamnation générales où tous hommes sont plongés, nous croyons que Dieu retire ceux que, dans sa volonté éternelle et immuable, il a élus par sa seule bonté et miséricorde en notre Seigneur Jésus-Christ, et cela sans considération de leurs oeuvres (Jer 1:5; Ro 8:28-30 et tout le ch. 9; Eph 1:4-5; Ro 3:28; 2Ti 1:9; Tit 3:5). Nous croyons qu'il laisse les autres dans cette même corruption et condamnation, pour démontrer en eux sa justice (Ex 9:16; Ro 9:22; 2Ti 2:20), tout comme il fait briller, dans les premiers, les richesses de sa miséricorde. (Eph 1:7; Ro 3:22-23; Ro 9:23). Car ceux-ci ne sont pas meilleurs que les autres, jusqu'à ce que Dieu les discerne selon son dessein immuable, qu'il a arrêté en Jésus-Christ avant la création du monde (Eph 1:4; 2Ti 1:9). Il n'est d'ailleurs personne qui puisse s'approprier un tel bien par ses propres moyens, puisque, de nature, nous ne pouvons avoir un seul bon mouvement, aucune bonne disposition de notre volonté, ni aucune bonne pensée, jusqu' ce que Dieu nous ait devancés et nous y ait disposés. (Jer 10:23; Ro 9:16; Eph 1:4-5; 2Ti 1:9; Php 2:13; Tit 3:3).
13. Nous croyons qu'en Jésus-Christ tout ce qui nous était nécessaire à notre salut nous a été offert et communiqué. (Mt 1:21; Jn 14:16; Gal. 1:19-20; 1 Tim 2:5-6). Nous croyons que Jésus-Christ, qui nous a été donné pour que nous soyons sauvés (Jn 3:16; 1 Jean 1:2), a été fait pour nous à la fois sagesse, justice, sanctification et rédemption (1 Cor 1:30; Eph 1:7-8; Col 1:13-14; 2:10; Tite 2:14), en sorte qu'en se séparant de lui on renonce à la miséricorde du Père, en laquelle nous devons avoir notre unique refuge (Act 4:11; 1 Tim 2:5). [...]
16. Nous croyons que Dieu, en envoyant son Fils dans le monde, a voulu montrer son amour et son inestimable bonté envers nous en le livrant à la mort et en le ressuscitant pour accomplir toute justice et pour nous acquérir la vie céleste (Es 53:6; Jean 1:29; 3:16; 15:13; Rom. 4:25; 8:3,32-33; Héb 22:14-15; 1 Jn 4:9).
17. Nous croyons que, par le sacrifice unique (Héb 7:27; 9:12; 24-28; 10:12,14,18; 1 Pi 3:18) que le Seigneur Jésus a offert sur la croix, nous sommes réconciliés avec Dieu (Rom 5:1, 8,9; 8:1; 2 Cor 5:18-20; Col 2:14; Héb 5:7-9), afin d'être tenus pour justes (Rom 4:24; 5:19; 2 Cor 5:21) devant lui et considérés comme tels. Nous ne pouvons, en effet, lui être agréables et participer à son adoption que s'il nous pardonne nos fautes et les ensevelit (1 Pi 2:24-25). Nous affirmons donc que Jésus-Christ est notre parfaite et entière purification (Jean 15:3; Rom 8:2; Héb 9:14; 1 Pi 1:18-19), qu'en sa mort nous avons une totale réparation (Es 53:5,12; Mt 20:28; Rom 3:23-24; Col 1:14; 1 Tim 2:6; Héb 2:17) pour nous acquitter de nos forfaits et des iniquités dont nous sommes coupables, et que nous ne pouvons être délivrés que par ce moyen (Act 2:21, 4:12; 1 Cor 2:2; Phil 3:8). [...]
20. Nous croyons que Dieu nous fait participer à cette justice par la foi seule, puisqu'il est dit que Jésus-Christ a souffert pour obtenir notre salut, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas. [...] Ainsi, la justice que nous obtenons par la foi dépend des promesses gratuites par lesquelles Dieu nous déclare et nous atteste qu'il nous aime (Jn 3: 15-16; Rom 3: 21-28; 5:1-2;  8:31-39).

Le Symbole d'Athanase

 

Voici quelle est la foi catholique : vénérer un seul Dieu dans la Trinité et la Trinité dans l’unité, sans confondre les personnes et sans diviser. 

 



La personne du Père est une, celle du Fils est une, celle du Saint-Esprit est une; mais le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne forment qu’un seul Dieu. Ils ont une gloire égale et une majesté coéternelle ; tel est le Père, tel est le Fils, tel est le Saint-Esprit.

Le Père est incréé, le Fils est incréé, le Saint-Esprit est incréé. Le Père est immense, le Fils est immense, le Saint-Esprit est immense. Le Père est éternel, le Fils est éternel, le Saint-Esprit est éternel : et cependant il n’y a pas trois éternels, mais un seul éternel ; de même il n’y a pas trois incréés, ni trois immenses, mais un seul incréé et un seul immense. De même le Père est tout-puissant, tout-puissant est le Fils, tout-puissant est le Saint-Esprit; et, cependant, il n’y a pas trois tout-puissants, mais un seul tout-puissant. De même le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu; et, cependant, il n’y a pas trois Dieux mais un seul Dieu, parce que de même que la vérité chrétienne nous oblige de confesser que chaque Personne séparément est Dieu et Seigneur, de même la religion catholique nous défend de dire trois Dieux ou trois Seigneurs.

Le Père ne tient son existence d’aucun être; il n’a été ni créé, ni engendré. Le Fils tient son existence du Père seul; il n’a été ni fait, ni créé, mais engendré. Le Saint-Esprit n’a été ni fait, ni créé, ni engendré par le Père et le Fils, mais il procède du Père et du Fils. Il y a donc un seul Père, non trois Pères, un seul Fils, non trois Fils, un seul Esprit-Saint, non trois Esprits-Saints. Et dans cette Trinité, il n’y a ni passé, ni futur, ni plus grand, ni moins grand; mais les trois personnes toutes entières sont coéternelles et co-égales; de sorte qu’en tout, comme il a été dit déjà, on doit adorer l’unité dans la Trinité et la Trinité dans l’unité. Celui qui veut être sauvé doit avoir cette croyance de la Trinité.

Mais il est encore nécessaire pour le salut éternel de croire fidèlement l’Incarnation de notre Seigneur Jésus-Christ. La foi exacte consiste donc à croire et à confesser que notre Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, est Dieu et homme. Il est Dieu, étant engendré de la substance du Père avant tous les temps; il est homme, étant né dans le temps de la substance de sa mère; Dieu parfait et homme parfait, composé d’une âme raisonnable et d’une chair humaine; égal au Père selon la divinité; inférieur au Père selon l’humanité. Et bien qu’il soit Dieu et homme, il n’est pas néanmoins deux personnes mais un seul Christ; il est un, non que la divinité ait été changée en humanité, mais parce qu’il a pris l’humanité pour l’unir à la divinité; un enfin, non par confusion de substance, mais par unité de personne; car comme l’âme raisonnable et le corps sont un seul homme, de même Dieu et l’homme sont un seul Christ qui a souffert pour notre salut, est descendu aux enfers, est ressuscité le troisième jour, est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant, d’où il viendra juger les vivants et les morts.

À son avènement, tous les hommes doivent ressusciter avec leurs corps et ils rendront compte de leurs propres actions. Et ceux qui auront fait le bien iront dans la vie éternelle; ceux qui auront fait le mal, dans le feu éternel.

Telle est la foi catholique : quiconque ne la croit pas fidèlement ne pourra être sauvé.

lundi 3 octobre 2016

Le Symbole de Nicée

Nous croyons en un seul Dieu, le Père tout-puissant,
créateur du ciel et de la terre,
de toutes choses visibles et invisibles.

Nous croyons en un seul Seigneur, Jésus-Christ,
le Fils unique de Dieu,
né du Père avant tous les siècles,
Dieu venu de Dieu,
engendré et non créé,
d'une même substance que le Père
et par qui tout a été fait ;
qui, pour nous les hommes et pour notre salut,
est descendu des cieux
et s'est incarné par le Saint-Esprit dans la vierge Marie
et a été fait homme.
Il a été crucifié sous Ponce Pilate,
il a souffert et il a été mis au tombeau.
Il est ressuscité des morts le troisième jour,
conformément aux écritures :
il est monté aux cieux où il siège à la droite du Père.
De là, il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts
et son règne n'aura pas de fin.

Nous croyons en l'Esprit-Saint,
qui règne et donne la vie,
qui procède du Père,
qui a parlé par les prophètes,
qui, avec le Père et le Fils, est adoré et glorifié.
Nous croyons l'Église une, sainte,
universelle et apostolique.
Nous confessons un seul baptême pour la rémission des péchés ;
nous attendons la résurrection des morts et la vie du monde à venir.
Amen

Le Symbole Apostolique

Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre. 

Je crois en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit, et qui est né de la vierge Marie. Il a souffert sous Ponce Pilate, il a été crucifié, il est mort, il a été enseveli, il est descendu aux enfers. Le troisième jour, il est ressuscité des morts, il est monté au ciel, il s'est assis à la droite de Dieu, le Père tout-puissant, et il viendra de là pour juger les vivants et les morts.

Je crois au Saint-Esprit, la sainte Église Universelle, la communion des saints, la rémission des péchés, la résurrection de la chair et la vie éternelle.

Amen.

dimanche 2 octobre 2016

Luc 17.5-10

5Les apôtres dirent au Seigneur : Donne-nous plus de foi. 6Le Seigneur répondit : Si vous aviez de la foi comme une graine de moutarde, vous diriez à ce sycomore : « Déracine-toi et plante-toi dans la mer », et il vous obéirait.
7Qui de vous, s'il a un esclave qui laboure ou fait paître les troupeaux, lui dira, quand il rentre des champs : « Viens tout de suite te mettre à table ! » 8Ne lui dira-t-il pas au contraire : « Prépare-moi à dîner, mets-toi en tenue pour me servir, jusqu'à ce que j'aie mangé et bu ; après cela, toi aussi, tu pourras manger et boire. » 9Saura-t-il gré à cet esclave d'avoir fait ce qui lui était ordonné ? 10De même, vous aussi, quand vous aurez fait tout ce qui vous a été ordonné, dites : « Nous sommes des esclaves inutiles, nous avons fait ce que nous devions faire. »



Donne-nous plus de foi. La demande des apôtres est pressante. On dirait presque que la foi leur apparaît presque aussi nécessaire que l'oxygène. Il faut dire que Jésus vient de leur asséner un vrai coup dans la figure.

Dans les passages qui précédent notre texte, Jésus prononce en effet des paroles très dures: « Malheur à celui qui entraîne les autres à pécher; il vaudrait mieux pour lui qu'on lui attache au cou une grosse pierre et qu'on le jette dans la mer » (Luc 17.1-2) ou encore « Si ton frère se rend coupable à ton égard sept fois en un jour et que chaque fois il revienne te dire : “Je le regrette”, tu lui pardonneras. » (et Matthieu précise que Jésus demande même qu'on pardonne 77x7 fois!!).
Avertissement solennel contre ceux qui font chuter leurs frères et soeurs, obligation d'une attitude de pardon complet et radical: les apôtres sentent sur leurs épaules tout le poids des exigences exorbitantes de Jésus. Alors, conscients de leur faiblesse et de leur incapacité à obéir à ces commandements, ils se tournent vers Christ et implorent son aide. Cette attitude est saine, mais elle manque quand même la cible.

Elle est saine parce que la Loi a fait son oeuvre dans le coeur des apôtres. La Loi, c'est en fait tout ce que Dieu exige de nous et qui peut se résumer ainsi: « tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta pensée et ton prochain comme toi-même ». Paroles magnifiques, mais aussi terribles, parce qu'il nous suffit de regarder dans nos actions, nos paroles et nos pensées pour nous rendre compte à quel point nous manquons d'amour. Nous sommes bien loin du but! Nous n'y arrivons pas, malgré tous nos efforts! La Loi fait son oeuvre: elle montre nos manquements et nous incite à regarder ailleurs qu'en nous-mêmes, vers Dieu lui-même.
C'est ce que font les apôtres, mais c'est aussi là qu'ils manquent la cible: « donne nous plus de foi ». Les apôtres ont l'air de considérer la foi comme une sorte de puissance, une énergie, un peu comme s'ils étaient les gaulois du village d'Astérix qui demandent la potion magique au druide quand les Romains attaquent! On dirait que pour les apôtres, la foi peut être comptée, pesée.
Cela me rappelle cette fois où j'ai entendu dire, après qu'un chrétien soit décédé d'une longue maladie: « nous n'avons pas eu assez de foi quand nous avons demandé sa guérison dans la prière ». C'est le genre de parole bien pieuse et totalement anti-biblique qui me révulse. Ce n'est pas comme si nous avions besoin d'un gramme de foi pour une journée ordinaire, de 10 grammes pour passer le Bac et de 10 kg pour affronter victorieusement un cancer! Si nous pensons que Dieu n'a pas répondu comme nous le voulions à une de nos prières, ce n'est pas par manque de foi. Avec Dieu tout est possible, mais cela ne veut pas dire que ce « tout » s'intègre dans le plan de Dieu.

Les apôtres se sont placés sur le plan de la quantité. Il leur faut plus de foi. Leur problème, c'est qu'il ne comprennent justement pas ce qu'est la foi, et comment elle « fonctionne ». C'est ce que Jésus va leur expliquer.

Si vous aviez de la foi comme une graine de moutarde, vous diriez à ce mûrier : « Déracine-toi et plante-toi dans la mer », et il vous obéirait

La graine de moutarde est une des plus petites qui existent. Ce n'est donc pas une question de quantité dit Jésus. Une mesure presque infime de foi est suffisante pour accomplir quelque chose d'extraordinaire, comme envoyer un sycomore (un grand arbre avec des racines très étendues et profondes) dans la mer. Or, dans le texte original, Jésus emploie un conditionnel qui devrait être traduit ainsi « si vous aviez de la foi comme une graine de moutarde, et vous l'avez... »

C'est un peu comme une femme qui attend un enfant. Vers la fin de la grossesse de mon épouse, quelqu'un m'a dit « tiens, j'ai vu ta femme l'autre jour, elle est très enceinte maintenant ».
L'expression m'a fait sourire, parce qu'on est pas très enceinte ou un peu enceinte. On est enceinte ou on ne l'est pas, et peu importe que l'ovule vienne juste d'être fécondé ou qu'on soit à la fin du neuvième mois!De la même façon, la question n'est pas d'avoir beaucoup de foi ou peu de foi. La question est de savoir si on a la foi ou non. Jésus invite donc les apôtres à entrer dans une nouvelle dimension, à réaliser le potentiel que la foi a placé en eux.

La foi ne se mesure donc pas à la louche. Ce qui compte, ce n'est pas son poids ou sa grandeur, mais sa réalité. Qu'est-ce que la foi? Nous avons déjà vu ce qu'elle n'est pas: une sorte de puissance magique, de talisman mental. La foi n'est pas non plus une supériorité intellectuelle qui nous permettrait de sonder tous les mystères de l'univers et de nos existences en ayant toujours les bonnes réponses.

Notre moi « foi » vient du latin « fides » qui voulait dire « confiance ». La foi, c'est simplement la confiance. Nous avons tous foi en quelque chose. Certains mettent leur confiance dans leur compte en banque, d'autres dans leur famille, les chrétiens sont ceux qui placent leur confiance en Dieu. Les chrétiens sont ceux qui se confient en Christ, en son message, en ce qu'il a fait pour le monde.
Avoir foi en Jésus, cela veut se reposer sur lui, lui faire confiance pour nous donner ce nouveau regard qui va nous permettre de voir différemment notre vie et le monde qui nous entoure. Et si nous plaçons notre confiance en Jésus, malgré les doutes qui nous assailleront certainement, alors de grandes choses pourront s'accomplir.

L'autre élément de la foi, c'est la loyauté, la fidélité. Le chrétien est fidèle envers son Dieu, dont il a tant reçu. C'est ce que Jésus cherche à faire comprendre dans la seconde partie de notre texte, quand il raconte l'histoire de cet esclave qui n'est pas remercié après avoir accompli toute ses tâches. Ce n'est pas ici que Jésus approuve l'esclavage, il utilise juste une image courante de son époque pour faire passer une vérité d'ordre spirituel.
Pourquoi les apôtres demandent-ils à avoir plus de foi? Pour pouvoir avoir la force d'obéir aux commandements. Pourquoi toutes les religions du monde disent-elle aux humains d'obéir à Dieu? Pour gagner ses faveurs!

En utilisant cette image abrupte, Jésus veut nous faire comprendre que Dieu ne nous devra jamais rien. Nos oeuvres ne nous permettront jamais d'acquérir un statut auprès de lui. Quand bien même nous réussirions à aimer Dieu de tout notre coeur et notre prochain comme nous-mêmes, nous n'aurions rien fait d'extraordinaire, mais seulement ce qui est exigé de nous. Nous en sommes loin!!

Notre fidélité envers Dieu n'est donc pas mue par le désir de gagner des points auprès du Seigneur ou de se faire bien voir d'on ne sait qui. Un homme n'est pas fidèle à son épouse par respect des convenances sociales ou parce qu'il en attend une récompense. Il lui est fidèle parce qu'il l'aime, et c'est bien l'amour qui doit être au coeur de notre relation avec Dieu, un amour qui est venu de Dieu en premier.
Jésus n'aura jamais à nous dire « merci de me faire confiance, merci de m'être fidèle ». Ce sera plutôt à nous de lui dire « merci Jésus parce que je peux te faire confiance, merci Jésus parce que tu es fidèle ».

Voilà aussi ce qu'apporte la foi: l'assurance que Jésus nous a déjà donné ce dont nous avions besoin pour être sauvés, restaurés, et que nous n'avons plus à être sous l'esclavage de la Loi.
Jésus nous a parlé aujourd'hui de ce sycomore envoyé dans la mer. Envoyé? Pas tout à fait. Car le texte dit bien « planté ». Planté, c'est-à-dire enraciné, capable de porter du fruit et de grandir. Et bien, c'est bien cela que la foi permet. Le sycomore, ce grand arbre, c'est le symbole de la vie dans toute sa force. La mer, pour les Hébreux, c'est le symbole de la mort.

La foi, c'est la main vide et tendue qui permet à Dieu de planter dans toutes nos morts (espoirs déçus, relations brisées) toute la puissance d'une nouvelle vie. C'est ce que le Seigneur veut faire pour chacun de nous, car il est le Dieu de la vie, parce que son Fils a vaincu la mort. Alors, ouvrons nos coeurs à cette nouvelle vie, à cet amour qui vient du Père. Faisons lui confiance pour tenir toutes les promesses qu'il nous fait dans sa Parole. Il est fidèle et il nous le montrera.

Amen +